Cette monographie de Jef Martinez, dont nous vous présentons la deuxième partie, devrait vous montrer combien une bonne approche de la langue française peut mener à traduire ses pensées de manière agréable et permettre de mettre l’écriture à la portée de tous.
A découvrir.
Extrait : Monographie
Jef Martinez - ©Plume Service - Reproduction Interdite® - 13 pages
C’est à travers les multiples questions que l’éducatrice lui posait suite à la lecture de son texte qu’elle a pu mieux le cerner et répondre au mieux à sa problématique. J’ai assisté à ces entretiens. Le ton de voix était différent. Il me semblait plus à l’aise ou c’est peut-être moi qui le comprenais mieux
J’ai revu Boris par la suite. Il avait abandonné l’écriture et s’était lancé dans un projet d’entrée aux Beaux-Arts. Il avait fait des études d’arts plastiques jusqu’à la terminale. Il semblait plus entreprenant. Je le sentais plus à l’aise. Nous parlions des Beaux-Arts et il me remercia. Je lui ai demandé pourquoi. Il me dit :
« J’ai toujours fait semblant de me dire que je vivais bien. J’ai toujours souri parce que je voyais que cela rendait les gens gentils avec moi. J’avais un poids mais je ne savais comment m’en débarrasser. Puis j’ai lu « les nuits fauves » et je me suis dit que j’en avais marre de vivre comme je vivais, que j’en avais marre de me mentir. Je ne sais pas encore ce que je veux vraiment mais je sais ce que je ne veux plus »
L’écrit lui a ôté sa carapace protectrice, lui a permis de passer de l’insouciance de sa souffrance au souci de s’en débarrasser. Il retrouvait une confiance en soi qu’il avait perdue et une volonté d’agir. Comme écrit Jean-Yves Revault dans « Ecrire pour se guérir »2, j’avais l’impression en lisant son texte et en voyant son sourire, quand j’abordais avec lui les moments pénibles, qu’il avait besoin de revivre son passé pour s’en débarrasser.
De mon côté, je n’imaginais pas qu’un tel écrit aurait pu me mettre dans l’impossibilité d’agir. En agissant spontanément, je n’avais pas mesuré la portée de la consigne énoncée. Toujours est-il que l’écrit a offert un espace de liberté qui a permis à Boris de se délivrer de son lourd passé. De mon côté, si cet écrit m’a enfermé dans un rôle de psychothérapeute malgré moi, il m’a néanmoins permis d’apprécier l’importance du travail en équipe pour m’aider à faire face à une dimension que je n’avais pas envisagé..