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Halloween – Toussaint ou la nuit de Samain

Halloween-Toussaint ou la nuit de Samain, Catherine Boissaye

Il nous reste peu de traces des croyances de l’époque druidique. Les druides, autorité spirituelle, chirurgiens (ils savaient même réduire les fractures), guérisseurs, prêtres, devins, magiciens et conseillers politiques, étaient détenteurs d’une culture immense. Ils considéraient que l’écriture “dispensait la mémoire d’un effort quotidien, ce qui pouvait amener à la paresse intellectuelle et à l’indigence“. Ils dispensaient donc leurs innombrables connaissances sous forme de milliers de vers à apprendre par cœur et susceptibles de s’enrichir au fil du temps. Pour eux, l’écriture restait figée alors que le temps permettait d’acquérir toujours plus de connaissances. Il fallait plus de vingt ans d’apprentissage pour devenir un bon druide.
Malheureusement, cette culture purement orale s’est perdue sous la pression romaine, et sous les contraintes du christianisme.
Retranchés petit à petit en pays de Galles, en Ecosse, et surtout en Irlande, les derniers druides ont résisté plus longtemps.

Les Gaulois pratiquaient des cultes locaux, accordaient une importance particulière aux eaux, aux arbres, aux animaux et, surtout, leur religion était centrée autour de l’immortalité. D’où ce culte de Samain, (Samonios pour les Gaulois), le plus important de l’année, correspondant au nouvel an druidique, récupéré à partir de la fin du VIIIème siècle par l’Eglise sous la forme de la Toussaint et dans les pays anglo-saxons sous la forme carnavalesque d’Halloween.

Revivons cette nuit :

C’est la pleine lune, la plus proche du 1er novembre. On est à la fin de l’été, il est temps de rentrer les troupeaux à l’étable. Le monde du Sidh, univers de paix où vivent les dieux, les héros et les défunts, s’ouvre au monde des vivants. Ils sortent de leur tombe, se réunissent en procession sur les routes (il y avait des routes à l’époque gauloise, mais oui) et se dirigent vers les lieux qu’ils ont habités. Ils réclament des prières et des offrandes aux vivants. Les druides, armés de leur serpe d’or, cueillent le gui. On fait des sacrifices, on apporte des offrandes. Les défunts sortent de leur oubli et profitent de cette dernière nuit avant l’hiver pour visiter les leurs. On mange, on pleure, on rit en évoquant des souvenirs, on prie.

Car cette nuit, contrairement à ce qu’on a pensé par la suite, ne doit pas être terrifiante, loin de là. Il s’agit de partager un moment avec ses défunts, de les honorer. La fin de l’été signifie la mort temporaire de la nature, mais aussi un renouveau. La terre a besoin de se reposer avant de revenir à la vie dès le début du printemps consacrant ainsi le cycle de l’immortalité et de l’éternité.

Le Christianisme a fait de cette fête (non sans mal), la Toussaint qui, à l’origine était une fête joyeuse puisqu’on célébrait tous les saints. Selon la tradition, on passait généralement la soirée à table, à boire avec les chers disparus et à prier pour eux. Puis on laissait le couvert dressé, les restes du repas et une chandelle allumée ou un bon feu de bois afin que les défunts puissent venir se restaurer et se réchauffer dans la douceur de leur ancien foyer. On actionnait les cloches des églises pour orienter les âmes égarées et les processions s’organisaient pour aller prier dans les églises au repos des morts.

Mais cette fête s’est peu à peu associée à la fête des Défunts du 2 novembre, la rendant plus austère.

De vieilles légendes courent sur cette fête ancestrale, lui apportant une note plus grave et destructrice, et notamment en Irlande où Tigernmas, roi mythique d’Irlande, mourut une nuit de Samain dans la Plaine du Meurtre, avec tout son peuple. A savoir que son nom signifie Seigneur de la Mort.

C’est peut-être de là que viennent les angoisses liées à cette fête et qui ont attisé les terreurs attribuées à cette ouverture du monde des vivants au Monde du Dessous. Car si les défunts familiers s’échappent de leur dernière demeure, ils peuvent aussi être accompagnés de démons, de spectres, d’esprits malfaisants et autres créatures démoniaques. Certaines craintes persistent encore, de nos jours, dans certains pays.

Il faut redouter des rencontres fortuites et variées : cris de chiens, galops de chevaux, boules de feu, cor du “chasseur maudit“, char funèbre sont autant de pièges qui peuvent conduire à une mort subite en cas de confrontation. Le long des côtes maritimes, les marins redoutent les navires fantômes ou de ramener dans leurs filets des ossements… En Bretagne, l’Ankou, dernier défunt de l’année devenu le serviteur de la Mort, sort sa charrette grinçante pour recueillir les âmes de ceux qui vont mourir…

Ce sont ces peurs de l’au-delà qui expliquent, peut-être, la fête d’Halloween (All Hallow Even) qui a, elle, gardé de cette nuit le côté terrorisant où l’on croit que les sorcières s’unissent pour le grand sabbat de l’année, jettent des sorts, préparent des potions. Outre-Atlantique, cette nuit est réputée propice à la divination. On allumait de grands feux, autrefois, pour éloigner les esprits surnaturels. Il est encore de tradition de se déguiser, d’exposer des citrouilles, squelettes, sorcières et d’envoyer les enfants faire la tournée des voisins en criant : “des bonbons ou des sorts !“ Et gare à ceux qui ne répondent pas à cette injonction !

Ainsi va le cycle de l’Histoire. D’une fête païenne devenue chrétienne, on retourne à une fête païenne qui a traversé le temps en dépit de toutes les tentatives pour l’extraire des esprits et des us et coutumes des populations. Passez tous une bonne nuit avec vos chers disparus !

Catherine Boissaye
27/10/2018

 

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